10.1.11

Qu'ont-ils à voir ceux qui vous entourent, Monsieur le Président, avec l'esprit de la Résistance ?

Avec tout le respect dû à votre fonction, à ce que vous représentez, à l'homme de conscience et d'intuition que vous êtes, Monsieur le Président, je m'adresse à vous, avec ce que je suis, modeste citoyen éduqué dans le respect de l'homme, la tolérance, l'amour de la paix et de la justice.
Né dix ans après la fin de la guerre, tout comme vous, issu d'une famille venue d'ailleurs, tout comme vous, pétri des valeurs démocratiques et humanistes que le gaullisme a permis à la France de recouvrer, tout comme vous, je suis aujourd'hui, contrairement à vous, atterré par ce que notre pays est en train de devenir, par ce que l'Europe devient. Militant gaulliste depuis ma plus tendre enfance, je viens d'un univers où la Résistance fut dès le début un état d'esprit viscéral et où il s'avère impossible de composer avec la collaboration, avec l'injustice, avec l'inégalité. Comme vous, matériellement et socialement nanti, bien qu'en partie de sang étranger, comme vous encore, je suis corps et âme français et fier de ma patrie. Hélas, je ne puis me reconnaître désormais dans la politique de votre gouvernement ; Je ne puis ouvrir un journal sans me sentir outré par la manière dont est traitée l'information ; je ne puis rester sans m'indigner devant la réduction des libertés individuelles, le développement des inégalités face à la maladie, à l'éducation, au logement, à la retraite. Je ne puis qu'être en colère devant la dictature de moins en moins camouflée des marchés financiers. Chef d'entreprise, je souffre de ne pouvoir embaucher et par là de ne pouvoir aider des jeunes à démarrer dans la vie autrement qu'en pointant au chômage, ces jeunes qu'on accuse de tous les maux et de tous les vices et qui sont réduits à traîner leur ennui sur internet ou dans les bars.
Je ne puis concevoir que l'État soit devenu pauvre et démuni au point de ne plus pouvoir maintenir son rôle premier, qui est de servir et d'aider les plus pauvres et les plus démunis. Je ne puis concevoir que cette Europe que façonnent depuis vingt ans les Marchés et les banques soit celle qu'il faut à nos enfants.
Je ne puis enfin, Monsieur le Président, accepter de voir mot après mot l'Esprit de la Résistance, ces textes fondateurs de notre République, annihilés par ceux qu'en d'autres temps on nommerait des traitres et des collaborateurs, et qui malheureusement vous entourent et orientent la politique de la France. Votre politique. Je ne puis accepter que soient confisqué, récupéré, manipulé l'Esprit qui poussa des milliers d'hommes et de femmes à défendre au prix de leur vie la Liberté. Tout ce que le Conseil National de la Résistance a établi dans la clandestinité conserve son actualité et sa véracité. Avec notre Constitution qu'on aménage, avec la Déclaration Universelle des Droits de l'homme, qu'on trahit, ce sont les bases fondamentales de la démocratie et l'essence même de notre Nation qui sont attaquées.
L'esprit du Général de Gaulle est aujourd'hui cruellement absent des débats et des décisions. Aujourd'hui, devant faire face à de plus en plus de difficultés, dans un monde sous tension, sans le soutien d'une presse réellement libre et honnête, attaqué par d'insidieuses fausses valeurs d'un progrès qui est tout sauf humain, poussé à toujours consommer davantage, le peuple est seul et sans espoir. Il ne croit plus dans aucun discours quand celui-ci émane des politiques et cela est grave.
Les quelques témoins qui subsistent de cet extraordinaire élan vers la liberté et la justice que fut la France Libre, s'acharnent encore et appellent à une nouvelle Résistance. Oh, non pas contre le pouvoir, contre l'autorité, ni contre la République ,mais contre ces ennemis de l'ombre qui ne pensent qu'en terme de profit et de croissance, pour qui l'être humain n'est que marchandise et outil. Vous n'êtes pas de ceux-là, Monsieur le Président, du moins c'est ce que je veux continuer à croire.
Le petit ouvrage de Stéphane Hessel qui se répand partout, qui est lu par de plus en plus de gens, de tous âges, de toutes conditions, et que l'on trouve désormais partout où quelqu'un à un moment ou à un autre pourra le lire et prendre conscience. L'indignation est un premier pas vers le réveil. Prenons garde, Monsieur le Président, a ce que ce Réveil ne se fasse pas dans la violence, tellement ont peu à perdre que le désespoir peut les pousser vers l'action violente. Sans les défendre, je les comprends.
Soyez le premier, Monsieur le Président, à secouer les chaînes qui peu à peu viennent peser sur nos libertés et sur notre avenir. Vous êtes le premier des français, l'enthousiasme qui vous a porté à cette fonction s'est tristement changé en déception, tristesse, écœurement.
Non, ne dites-pas, Monsieur le Président, qu'il s'agit de désinformation, d'erreurs d'interprétations, de mauvais conseillers. Ne restez pas sourd à cet appel qui peu à peu monte du peuple, ce peuple capable de retrouver le souffle des grandes inspirations qui ont fait notre histoire. Soyez à leur tête et avec la Nation toute entière, construisez la France de demain, solidaire et pacifiée, juste et fraternelle. La France éternelle se rassemblera derrière vous, successeur légitime des valeurs authentiques du gaullisme qui, comme pour tous les gens de notre génération, nous a conduit en politique. Pour servir non pas les forces de l'argent, mais le peuple.
Le parti d'où vous venez, le même que le mien, que celui de mon père, ce parti qui fit jaillir l'Ardeur du cœur de Jacques Chaban-Delmas, et fit naître son projet de la "Nouvelle Société", ce parti constitué d'hommes et de femmes épris de liberté, d'égalité et de fraternité, de combattants de la démocratie, ennemis du racisme, de la pauvreté, de l'injustice; tous fiers d'être les enfants d'une des plus grandes nations du monde, qu'est-il devenu aujourd'hui ? Vous aurez beau, Monsieur le Président, demander à ce que les jeunes lisent la dernière lettre d'un jeune innocent sacrifié à la haine fasciste, vous aurez beau faire chanter le Chant des Partisans et citer les mots mêmes du général de Gaulle, plus rien dans le sort qui est fait à la France d'aujourd'hui n'a à avoir avec le gaullisme et à son éthique humaniste.
Vous êtes Monsieur le Président, le chef de l'État et à ce titre, les français doivent vous respecter. Cependant, il est aussi du devoir des français de faire respecter quelque chose de bien plus important que votre fonction, c'est la démocratie, cette belle invention faite de justice, d'entraide et de solidarité. Depuis que j'ai mis - avec enthousiasme - mon bulletin dans l'urne pour vous porter là où vous êtes, je n'ai vu se réaliser que le contraire de ce qu'on m'avait promis. J'ai vu chaque jour, moins de liberté, plus de police, trop de gens mal logés et trop d'appartements vides, des exclus de plus en plus nombreux et des riches de plus en plus riches, et de moins en moins discrets, des pans entiers de notre économie s'effondrer, des jeunes de plus en plus démunis et laissés pour compte sur le chemin de la réussite, angoissés et perdus. J'ai entendu des discours absurdes, des mensonges, des propos infamants tenus par des hauts responsables de l'État sans jamais entendre d'excuses ou de regrets, sans qu'une autorité décide de bannir les auteurs de ces propos contre-nature.
Comme la plupart des français, j'ai du mal à croire désormais ce qui nous est dit, j'ai du mal à considérer positivement la classe politique dans son ensemble, comme d'ailleurs les grands médias. Pour la première fois aussi je ressens parfois la même sensation que celle dont me parlait mon père quand il avait vingt ans sous Vichy : la peur de la police, agressive, omniprésente qui n'inquiète que les honnêtes gens et faire ricaner les autres.
Je souffre, Monsieur le Président, de voir cette atmosphère de fin de civilisation, cette cour pire que sous l'ancien régime, pétrie de privilèges et de mépris et tous ces peuples venus chercher chez nous une main tendue qui désormais se refuse.
Et finalement, je suis bien triste, Monsieur le Président. pas seulement parce que je ne sais pas dans quel monde nos enfants et les enfants de nos enfants seront contraints de vivre. Mais parce que je suis un traitre et un imbécile. J'ai cru en vos discours, Monsieur le Président. J'ai cru que comme en 1974 avec Jacques Chaban-Delmas, tout allait changer avec vous, et que l'esprit de la Résistance continuerait à briller dans le cœur de nos dirigeants pour le bonheur de la France et de l'humanité. Je me suis trompé. Mais je garde espoir, un espoir immense dans les français, dans nos dirigeants, dans tous ceux qui militent au nom du gaullisme. Nous allons nous réveiller de ce mauvais rêve.
Je garde espoir dans les jeunes, et dans les moins jeunes, dans les éducateurs, dans tous ceux qui sont engagés dans les associations, les mères et les grand-mères, tous ceux et toutes celles qui se rendent bien compte que quelque chose ne va pas et qu'il est grand temps d'y remédier., que bientôt il sera trop tard.
Avec vous, à la tête de la Résistance, Monsieur le Président, la France gagnerait et l'esprit du Général de Gaulle serait de nouveau d'actualité, l'Europe redeviendrait ce beau grand rêve d'avant ! Mais je rêve peut-être et sans doute suis-je bien innocent...

0 commentaire(s):