10.2.09

N'est pas champion qui veut !


Râleur patenté, j'avais envie de vous parler de mes dernières courses au Champion du centre-ville, dit des "Grands-Hommes". J'aime bien m'y rendre, car la livraison est gratuite pour les clients munis de leur carte maison et c'est à deux minutes de chez moi et tout près de mon cabinet. j'ai mes habitudes (de vieux ronchon) et une liste toujours à peu près pareille depuis quelques années. Quand je suis arrivé aujourd'hui, décide de faire rapidement un marché complet pour ne pas avoir à sortir tous les jours. Je me faufile dans les rayons. Pain de mie : tiens le pain Champion est remplacé par celui de carrefour. Le prix a changé, 50 c de plus. Passons. Un peu plus loin, rayon jus de fruits. Celui que je cherche manque. Normal, il est très bon et c'est le moins cher. en revanche, tous les autres sont là. Bon, ça peut arriver. problèmes d'approvisionnement. Un peu plus loin les pâtes (nous adorons ça et en consommons beaucoup). La marque Champion en distribue d'extraordinairement bonnes, made in Italy, pour moins de 1 euro le kilo. Là encore, le choix s'amenuise, le rayon se vide, remplacé par des produits Carrefour qui valent 50 c de plus. Quant au riz rond, nécessaire pour réussir un bon risotto mais aussi pour de délicieux desserts (la joie du rice-cooker merveilleuse invention asiatique), même chose : la marque la moins chère a disparu. A la place, un riz long Carrefour de plus de 1 euro.

Je commence à partir de là à m'impatienter. Rayon céréales, les Corn flakes Kellogs, les authentiques ne sont plus là. Rayon vide. En revanche les autres boites pleines de sucre de chocolat et autres ajouts chimiques sont alignées par dizaines. Je m'en plains à une employée. Sa réplique "c'est normal, les gens ne prennent que les moins chers alors on réduit le réassort pour que les gens achètent autre chose". On nous forcerait la main en quelque sorte. Idem au rayon lait : les packs les moins chers ne sont pas là. A la place des marques à 50 c voire 1 euro de plus. Idem pour le papier hygiénique, les mouchoirs en papier, le liquide vaisselle, la pâtée pour le chat (la pâtée Carrefour, cela dit en pensant, doit contenir de drôles de choses, car en dépit des quelques 20 c. de plus, notre chat n'en veut pas, alors que la pâtée Champion faisait ses délices...).

J'ai connu les magasins vides quand on traversait l'Europe de l'Est dans les années 70 pour se rendre en Turquie ou en Grèce. Mais c'était leur régime qui voulait cela. Je me souviens des rayons de nos grandes surfaces où le choix, la quantité surprenaient les visiteurs de pays moins favorisés... Les temps changent.

Arrivé à la caisse avec mon chargement on m'explique que "les produits disparaissent peu à peu pour être remplacés par la marque Carrefour". On s'en est rendu compte, merci mademoiselle ! mais pour les prix qui changent aussi quelle explication ? Le chocolat au lait Champion disparaît des rayons le vendredi. Étiquette à 1,10 euro les 3 plaques. Rayon vide deux jours puis remplacement par 3 plaques marque Carrefour...à 2,35 euros !

Un marché à 53 euros et des poussières qui me revenait il y a quelques mois à 40 euros. Les prix montent certes, mais le supermarché des Grands Hommes ajuste ses marges ce me semble. Résultat, comme me le suggérait une dame âgée très élégante qui a fait le même constat que moi : "il ne faut plus y aller. Moi, dorénavant je vais chercher une autre enseigne avec des prix plus bas". Adieu Champion des Grands-Hommes, je ne reviendrai plus.

Ce coup de gueule m'a remis en mémoire une anecdote dont j'ai été le témoin dans ce même magasin l'été dernier ou celui d'avant. Avec sa politique de réassortiment, l'attitude du responsable dans cette affaire permet de comprendre l'engeance.

J'étais à la caisse. Devant moi un pauvre bougre visiblement SDF l'air un peu hagard tenait d'une main du café et de l'autre un billet de 10 euros. Il attendait patiemment son tour. Quand il s'est retrouvé devant la caissière qu'il salua, un vigile s'est interposé et manu-militari, en le tutoyant, l'a forcé à poser son achat et a quitter le magasin : "tu n'as rien à foutre ici, on te l'a déjà dit, si tu reviens on appelle la police" et "on ne veut pas gens comme toi ici, dégage". Le pauvre type ne réagissait pas. il répétait seulement "mais j'ai de l'argent, j'ai de l'argent, je viens juste acheter du café". Le vigile l'a pris par l'épaule et l'a jeté dans l'escalier roulant qui remonte vers le niveau de la rue. Nous étions tous scandalisés part le "des gens comme toi on n'en veut pas ici". Nous étions plusieurs à entourer le vigile pour lui demander des explications sur son intervention. Peu assuré, comme la plupart des vigiles quand ils ont en face d'eux des gens propres sur eux qui demandent des explications et les forcent à raisonner, il s'écrie "ce sont les instructions de la direction, c'est un SDF, on n'en veut pas". Le problème, c'est que le SDF en question - pas du tout SDF d'ailleurs - était suivi dans le cadre d'une réinsertion sociale et faisait des petits boulots pour les commerçants de la galerie marchande et de la place. En l'occurrence, il venait chercher du café pour la buraliste. Celle-ci furieuse rejoignit notre groupe. J'expliquais au vigile maintenant entouré par cinq ou six personnes qu'on n'a pas le droit d'interdire à un client qui a de l'argent, qui ne fait pas de scandale, nid e bêtises et se comporte normalement, l'accès au magasin. Nous réclamons la présence du responsable. On se met même à crier pour que l'ensemble de la galerie marchande soit informée de ce qui se passe. Rien à faire. Le directeur ne daigna pas se déranger. Un monsieur menaça d'aller plus avant et j'ai su qu'il en parla le jour même à un journalsite de Libération qui fit un papier là-dessus. Discrimination avérée, racisme ordinaire, capitalisme outré. Bêtise surtout.

Voilà une raison supplémentaire de boycotter cette grande surface ! Si vous avez des témoignages du même genre : écrivez-moi, je les publierai !

Le Ministre des Factures Etrangères a encore frappé

Je vais encore faire grincer des dents, mais je ne peux pas m'empêcher d'en remettre une couche. Après tout ce blog est dédié à mes coups de gueule, à mes poussées d'urticaire, à mon ras-le-bol qui prend, c'est vrai, toutes sortes de formes et se trouve motivé par des milliers de petites choses qui mises ensemble représentent un ÉNORME ras-le-bol. Et ce n'est pas parce que je vieillis, que je tourne à l'aigri, râleur patenté pour qui rien ni personne ne sied plus. Mais avouez, au sujet de Kouchner, que le bonhomme est un fieffé coquin. Je sais que son espèce pullule depuis toujours et que les cabinets ministériels de tout temps en sont remplis. mais à ce point, j'en reste coi ! : Voyez ce qu'un ami, haut fonctionnaire bien en cour, vient de m'envoyer par courriel.
C'est la revue en ligne Bakchich qui l'a baptisé ainsi, Bernard Koucher est en fait le Ministre des Factures Étrangères. Bien qu'il se défende de tout mélange des genres entre son ancien boulot de consultant, sa casquette de ministre et son toujours actuel statut de gérant de société, et bien que son très subtil avocat, le célèbre Georges Kiejman, explique qu’il n’existe aucune preuve "du fait que Kouchner, étant devenu ministre, aurait réalisé n’importe quel rapport pour le compte de n’importe quel État étranger ", il apparait - preuves formelles à l'appui - Kouchner devenu ministre, a fait conclure au Quai d’Orsay un très gros contrat de santé publique au kurdistan irakien, au profit de ses proches amis. Et quel contrat ! Vingt-cinq jours de présence pour 275.466 euros. Dont des per diem de 1.150 euros par jour et par expert, (soit 2 fois plus que les tarifs conseillés par la Banque Mondiale qui les a fixé à 820 dollars, soit 630 euros)...

Il s'agissait d'organiser une vague conférence en avril 2009, avec aux commandes un ancien de ses conseillers à la Santé et ex patron de Médecins du Monde, Patrick Aeberhard. Pour souligner mes propos, lorsque je parle de "clique" (en attendant les claques), un détail amusant : ce médecin a été nommé professeur à Paris-VIII par son ancien président et grand ami de Kouchner, Pierre Lunel, lequel a intégré le cabinet du ministre, malgré l’instruction dont il fait l’objet au tribunal de Bobigny. Les soupçons de la justice portent sur le mélange des genres dont ce proche du ministre se serait rendu coupable à la tète de Paris-VIII en organisant de bien étranges mais juteuses missions médicales et culturelles... Ce ne sont pas des ragots mais des faits avérés.

A Erbil, capitale du Kurdistan irakien, se nouent apparemment de juteuses affaires. Îlot de tranquillité dans une zone en feu, cette jolie province est le passage obligé d’une bonne part du commerce entre l’Irak et son grand voisin turc. Voici une situation privilégiée et fort rentable, qu’il serait stupide de ne pas exploiter. Les Américains et les Russes connaissent le filon depuis des années.

L’ancien French Doctor y a posé sa mallette humanitaire en septembre 1974, pour dénoncer le le massacre des Kurdes par Saddam Hussein. C’était il y a bien longtemps… En tout cas longtemps avant que le ministre souligne avec emphase qu'on "ne fait une politique étrangère avec les droits de l'homme"... Mais à quoi pensez-vous donc, supides citoyens ! (c'est ce qu'il avait l'air de penser quand il prononça ces paroles).

Le 2 juin dernier, le ministre est revenu au Kurdistan pour inaugurer l’antenne locale de l’ambassade de France. Le Quai d’Orsay ferme des postes partout à travers le monde mais Kouchner en ouvre en terre kurde et nomme comme consul un ami à lui, Frédéric Tissot, survivant de Médecin du Monde. Et cette nomination vaut de l’or : l'heureux récipiendaire est nommé au tour extérieur, avec rang de ministre plénipotentiaire, un statut équivalent à l’ambassadeur de France à Bagdad, le risque en moins. Soit plus de 20.000 euros de traitement mensuel. Normal entre copains, la république est là pour payer.

Incorrigible, le ministre n’a pu s’empêcher durant son escale kurde, de proposer au gouvernement local une mission d’expertise en Santé publique. Après le Congo, le Niger, le Gabon... "C’était hallucinant", se rappelle un diplomate occidental qui a assisté à la visite, "le projet d’une mission sur la santé est le premier sujet, dont il a parlé avec Barzani (le Premier ministre kurde-NDR) et Yones" (le ministre de la Santé irakien).
Dès son retour à Paris, le ministre et son cabinet multiplient les notes pour que le projet se fasse vite. Le contrat transite par France Coopération Internationale (FCI) et cela le plus normalement du monde. Ce qui l’est moins, c’est que le coût de la mission, presque 300.000 euros, est hors norme. Quant à la facture elle même, que les journalistes de Bakchich ont consulté, elle tient en une modeste page aux intitulés vagues.

Autre surprise, l’opération est entièrement à la charge des Kurdes. De l’inédit, dans les contrats passés en matière coopération avec des pays étrangers. "Franchement, c’est une première", note un coopérant.
L’objectif de la mission est "la préparation d’un document de travail pour un plan national de Santé et d’organiser une conférence nationale sur ce sujet stratégique". Enfin, la conférence - selon un document de travail interne au Quai - pourrait être présidée par le ministre lui-même. Du moins s’il est encore ministre !


Vaste programme, qui ne va pas sans préparatifs. Selon les sources irakiennes, les experts vont se mettre au travail. Trois d’entre eux passent deux semaines à Erbil, puis une escouade de quatre spécialistes bat la campagne kurde pendant dix jours.

Heureusement, l’affaire reste entre de bonnes mains. L’ancien président de Médecins du Monde et ex- conseiller de Kouchner au secrétariat d’État à la Santé, Patrick Aeberhard, pilotera l’opération et doit même passer cinq jours sur place ! Mais son défraiement, au grand étonnement des officiels kurdes, n’a pas été budgétisé. Sans doute un oubli. Les consignes du ministre, relayées par son conseiller pour le Moyen Orient Christophe Bigot, avaient pourtant été limpides. L’ordre écrit avait été donné d’apporter toute l’aide matérielle nécessaire au Professeur Aeberhard, notamment pour ce qui concerne les frais de mission.
Du 22 au 25 février prochain, une mission économico-politique, forte d’une dizaines de parlementaires et de représentants de grandes entreprises françaises, dont Veolia, devait se rendre à Erbil, à l’invitation des autorités kurdes. Hélas, le député UMP Thierry Mariani, organisateur du voyage, a reçu mercredi 4 février, une lettre d’annulation. Avec un mot d’excuses, prétextant les élections à venir.
Dès que la rumeur d’une mission parlementaire, début janvier, a été évoquée dans les milieux dits "autorisés", le consul Tissot est entré en résistance. "Il semble qu’il ne voyait pas ce projet d’un bon œil, comme si on voulait lui voler son gâteau", explique un proche de Mariani. "Sitôt qu’un émissaire se pointait pour rencontrer les officiels", raconte un diplomate, "il lui collait aux basques et squattait presque tous ses déjeuners".
Quand, fin janvier, la mission Mariani adresse directement un courrier aux services du Premier ministre kurde pour dévoiler son programme, le consul explique à ses interlocuteurs kurdes que "C’est un faux". Les Kurdes s’étonnent, sondent leurs émissaires à Paris. Un nouveau courrier est envoyé, via le Quai cette fois. Trop tard. Les Kurdes ont préféré annuler la mission.

Les humanitaires ont remporté la première manche. Pour combien de temps encore ? Je viens d'apprendre que le président est à Bagdad. Il y a un rapport ? Vous en pensez-quoi vous ?

Cité par Jacques-François X., d'après Nicolas Beau et Xavier Monnier, in-la revue "Bakchich" dont je vous recommande vivement la lecture.