
Râleur patenté, j'avais envie de vous parler de mes dernières courses au Champion du centre-ville, dit des "Grands-Hommes". J'aime bien m'y rendre, car la livraison est gratuite pour les clients munis de leur carte maison et c'est à deux minutes de chez moi et tout près de mon cabinet. j'ai mes habitudes (de vieux ronchon) et une liste toujours à peu près pareille depuis quelques années. Quand je suis arrivé aujourd'hui, décide de faire rapidement un marché complet pour ne pas avoir à sortir tous les jours. Je me faufile dans les rayons. Pain de mie : tiens le pain Champion est remplacé par celui de carrefour. Le prix a changé, 50 c de plus. Passons. Un peu plus loin, rayon jus de fruits. Celui que je cherche manque. Normal, il est très bon et c'est le moins cher. en revanche, tous les autres sont là. Bon, ça peut arriver. problèmes d'approvisionnement. Un peu plus loin les pâtes (nous adorons ça et en consommons beaucoup). La marque Champion en distribue d'extraordinairement bonnes, made in Italy, pour moins de 1 euro le kilo. Là encore, le choix s'amenuise, le rayon se vide, remplacé par des produits Carrefour qui valent 50 c de plus. Quant au riz rond, nécessaire pour réussir un bon risotto mais aussi pour de délicieux desserts (la joie du rice-cooker merveilleuse invention asiatique), même chose : la marque la moins chère a disparu. A la place, un riz long Carrefour de plus de 1 euro.
Je commence à partir de là à m'impatienter. Rayon céréales, les Corn flakes Kellogs, les authentiques ne sont plus là. Rayon vide. En revanche les autres boites pleines de sucre de chocolat et autres ajouts chimiques sont alignées par dizaines. Je m'en plains à une employée. Sa réplique "c'est normal, les gens ne prennent que les moins chers alors on réduit le réassort pour que les gens achètent autre chose". On nous forcerait la main en quelque sorte. Idem au rayon lait : les packs les moins chers ne sont pas là. A la place des marques à 50 c voire 1 euro de plus. Idem pour le papier hygiénique, les mouchoirs en papier, le liquide vaisselle, la pâtée pour le chat (la pâtée Carrefour, cela dit en pensant, doit contenir de drôles de choses, car en dépit des quelques 20 c. de plus, notre chat n'en veut pas, alors que la pâtée Champion faisait ses délices...).
J'ai connu les magasins vides quand on traversait l'Europe de l'Est dans les années 70 pour se rendre en Turquie ou en Grèce. Mais c'était leur régime qui voulait cela. Je me souviens des rayons de nos grandes surfaces où le choix, la quantité surprenaient les visiteurs de pays moins favorisés... Les temps changent.
Arrivé à la caisse avec mon chargement on m'explique que "les produits disparaissent peu à peu pour être remplacés par la marque Carrefour". On s'en est rendu compte, merci mademoiselle ! mais pour les prix qui changent aussi quelle explication ? Le chocolat au lait Champion disparaît des rayons le vendredi. Étiquette à 1,10 euro les 3 plaques. Rayon vide deux jours puis remplacement par 3 plaques marque Carrefour...à 2,35 euros !
Un marché à 53 euros et des poussières qui me revenait il y a quelques mois à 40 euros. Les prix montent certes, mais le supermarché des Grands Hommes ajuste ses marges ce me semble. Résultat, comme me le suggérait une dame âgée très élégante qui a fait le même constat que moi : "il ne faut plus y aller. Moi, dorénavant je vais chercher une autre enseigne avec des prix plus bas". Adieu Champion des Grands-Hommes, je ne reviendrai plus.
Ce coup de gueule m'a remis en mémoire une anecdote dont j'ai été le témoin dans ce même magasin l'été dernier ou celui d'avant. Avec sa politique de réassortiment, l'attitude du responsable dans cette affaire permet de comprendre l'engeance.
J'étais à la caisse. Devant moi un pauvre bougre visiblement SDF l'air un peu hagard tenait d'une main du café et de l'autre un billet de 10 euros. Il attendait patiemment son tour. Quand il s'est retrouvé devant la caissière qu'il salua, un vigile s'est interposé et manu-militari, en le tutoyant, l'a forcé à poser son achat et a quitter le magasin : "tu n'as rien à foutre ici, on te l'a déjà dit, si tu reviens on appelle la police" et "on ne veut pas gens comme toi ici, dégage". Le pauvre type ne réagissait pas. il répétait seulement "mais j'ai de l'argent, j'ai de l'argent, je viens juste acheter du café". Le vigile l'a pris par l'épaule et l'a jeté dans l'escalier roulant qui remonte vers le niveau de la rue. Nous étions tous scandalisés part le "des gens comme toi on n'en veut pas ici". Nous étions plusieurs à entourer le vigile pour lui demander des explications sur son intervention. Peu assuré, comme la plupart des vigiles quand ils ont en face d'eux des gens propres sur eux qui demandent des explications et les forcent à raisonner, il s'écrie "ce sont les instructions de la direction, c'est un SDF, on n'en veut pas". Le problème, c'est que le SDF en question - pas du tout SDF d'ailleurs - était suivi dans le cadre d'une réinsertion sociale et faisait des petits boulots pour les commerçants de la galerie marchande et de la place. En l'occurrence, il venait chercher du café pour la buraliste. Celle-ci furieuse rejoignit notre groupe. J'expliquais au vigile maintenant entouré par cinq ou six personnes qu'on n'a pas le droit d'interdire à un client qui a de l'argent, qui ne fait pas de scandale, nid e bêtises et se comporte normalement, l'accès au magasin. Nous réclamons la présence du responsable. On se met même à crier pour que l'ensemble de la galerie marchande soit informée de ce qui se passe. Rien à faire. Le directeur ne daigna pas se déranger. Un monsieur menaça d'aller plus avant et j'ai su qu'il en parla le jour même à un journalsite de Libération qui fit un papier là-dessus. Discrimination avérée, racisme ordinaire, capitalisme outré. Bêtise surtout.
Voilà une raison supplémentaire de boycotter cette grande surface ! Si vous avez des témoignages du même genre : écrivez-moi, je les publierai !

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