
Je suis certainement un de ces membres de la majorité silencieuse qui subit plus qu'il ne suscite mais qui parfois, lorsque les limites sont dépassées, a des envies de meurtre et se révolte. J'ai lu quelque part que la première mouture d'une des constitutions issues de la révolution française prévoyait dans un de ses articles le droit fondamental du peuple à l'insurrection si les gouvernants s'avéraient trahir les intérêts de la nation. Ce droit à vite été étouffé et l'article supprimé... Ce soir, j'ai envie de prendre un fusil. Des restes de sens civique, une certaine retenue et le poids de mon éducation judéo-chrétienne me retiennent bien évidemment mais jusqu'à quand. Mais laissez moi vous raconter les faits qui m'ont ainsi mis dans une colère noire.
Client du Crédit Agricole depuis plus de huit ans dont le siège est à deux pas de chez moi, mais mon compte est dans une petite succursale de quartier trop éloignée pour que je m'y rendre souvent. Ces détails ont de l'importance pour la suite. Je suis aussi satisfait de cet établissement qu'on puisse l'être quand on n'a droit à aucune facilité de caisse et que hormis la sympathie que j'éprouve pour quelques uns des employés que je retrouve assez souvent dans les brasseries du quartier, j'éprouve pour cette banque la même affection et la même attirance qu'un boeuf pour la boucherie. Mais il faut bien faire avec, je ne suis pas un client intéressant (Tiens pourtant on a pris soin de me téléphoner il y a quelques jours pour me fourguer une réservation du Livret A et je suis bordé de tout ce que la banque a voulu vendre ces dernières années souvent sans prendre la peine de me laisser réfléchir à l'utilité de ce qui m'était "offert"...)
N'ayant pas de découvert autorisé sur le compte dont il s'agit aujourd'hui, je suis obligé d'être très vigilant surtout les premiers jours du mois quand les prélèvements se présentent. Il y a toujours un décalage entre le versement de mes commissions d'affaire et le prélèvement des charges et autres créances régulières. N'ayant pas d'autorisation de découvert donc, le moindre petit dépassement qui fait passer mon compte en rouge (même pour quelques centimes !) me faut un rejet de l'effet qui se présente et... 19,90 € de frais au bénéfice de la banque. Pour éviter cela, je consulte plusieurs fois par jour et tous les jours de la semaine mon compte via internet ou par téléphone. Ce matin, je constatais que deux prélèvements s'étaient présentés en date de valeur du 3 novembre. La banque étant fermée le lundi, et ne travaillant pas ce jour là non plus, j'ai attendu ce matin pour agir. J'ai appelé la banque à la première heure, une jeune femme, nouvellement arrivée dans la succursale prend la communication. je lui explique clairement que deux effets se présentant et mettant mon compte à découvert d'un peu plus de 80 euros, je venais de faire un virement de 100 euros en attendant le versement des premières commissions du mois qui devait arriver aujourd'hui. Je prends soin d'envoyer un fax de confirmation et la journée passe. Ce soir, avant de me coucher je consulte la banque par acquis de conscience. Surprise, surprise : je vois que les commissions sont tombées, mais je vois aussi les prélèvements rejetés en dépit de mon virement (interne d'un compte du Crédit Agricole à un autre !) et en dépit du versement des commissions. Parmi les rejets, un prélèvement du jour mais aussi un prélèvement qui apparaissait payé il y quelques jours, le compte étant créditeur et qui par une fantaisie de la nature sans doute est aujourd'hui refusé... Coût de l'opération : deux fois 19,90 € prélevés sur un compte largement créditeur.
Je dois être un imbécile. Il est vrai que face à la toute puissance du banquier, je ne suis rien. On va me dire demain que c'est l'ordinateur, que c'est automatique et on va aussi me laisser entendre que si j'avais davantage de revenus et donc un compte plus fourni ce genre d'incident ne se produirait pas ! Je vais réclamer le remboursement des frais de rejet, arguant du fait que mon compte était créditeur dès ce matin 10 heures et rappelant au banquier qu'il a plus de dix jours pour accepter ou refuser un prélèvement qui se présente sur le compte d'un client... Il voudrait me faire partir de son établissement qu'il ne s'y prendrait pas autrement.
Je sais d'avance comment les choses vont se passer demain. Si je parviens à avoir le directeur au téléphone - chose rarissime sauf quand par un heureux hasard mon compte est largement créditeur et qu'il prend tout d'un coup mes intérêts très à coeur et vient vite me proposer un placement ou un investissement ! - lui demandant de revoir sa copie et de payer les prélèvements, de rembourser les frais, il trouvera mille raisons pour me convaincre que c'est impossible et que de toute manière c'est ma faute, puisque je suis pauvre et que donc la banque qui sait toujours à qui elle a à faire ne fera rien pour moi... C'est la troisième fois en quatre mois que cela se produit. En août dernier, quatre prélèvements qui apparaissaient payés sur internet (j'étais en vacances en Normandie), avec un compte largement créditeur au moment de la consultation avaient été rejetés quelques jours après sans raison valable et cela m'avait coûté 79,60 €. Quand je me suis plaint, on m'a dit d'écrire au directeur. Aucune réponse. En octobre, même histoire. Il manquait cinq ou six euros pour payer un prélèvement de France Telecom, je fais un virement et je préviens la banque qui m'assure qu'il n'y aura aucun problème et vlan ! deux rejets et encore 39,80 € de frais. Là encore aucune réponse à mon fax.
Faites le calcul : par ces manipulations informatiques, la banque m'a soulagé en quatre mois de 159, 20 €. Autre détail succulent, le temps que se présentent mes commissions ou que je dépose des chèques, il arrive qu'il n'y ait sur le compte que 10 ou 15 euros. Cela n'empêche jamais la banque de prélever ses frais de fonctionnement, d'abonnement, les taxes et autres petites bribes. Cela m'a même parfois mis en découvert mais là jamais personne n'a appuyé sur une touche de son clavier pour rejeter les frais ni pour éditer un courrier me rappelant que je n'ai pas le droit d'être à découvert...
Voilà pourquoi ce soir, j'aurai envie d'avoir un fusil et de le pointer demain sur la tempe de mon banquier pour le forcer à reconnaître une vérité que nous sommes nombreux à avoir découvert au fil des années : les banquiers sont des escrocs. Ils utilisent notre argent souvent à bon escient certes mais quand il y a erreur, c'est encore vers nous que l'on se tourne et le client déjà écrasé de frais en tous genres, de pénalités et de charges, se voit obligé de payer en plus l'addition par les impôts et taxes supplémentaires qu'il faut bien lever pour éviter la catastrophe. Quand on multiplie par le nombre de clients qui sont dans le même cas que moi, on arrive à des sommes gigantesques qui, employées autrement, permettraient à beaucoup de monde de mieux vivre, de mieux entreprendre. Mais ce n'est pas là le souci de nos banquiers. Alors, ne devrions-nous pas tous, avec des mots ou avec des fusils, chercher à changer cela ?