19.11.07

Notes et pensées en désordre

Voici quelques notes griffonnées au fil des jours sur mon petit carnet Moleskine. Sans prétention, ces lignes tournent toutes autour du même sujet. La même inquiétude. Quel projet pour Bordeaux demain ? Qui formera l'entourage "Nouvelle Frontière" de Juppé ?
... Je me demande s'il faut s'engager dans cette campagne qui s'annonce impitoyable entre Juppé et Rousset. Je ne sais même plus quoi penser. Non pas que j'hésite sur le candidat à soutenir. Loin de moi ce genre de réflexion. Depuis notre première rencontre, un jour sur les quais encore largement en chantier, j'avais gardé de la conversation impromptue une impression très forte : Alain Juppé était celui qu'il nous fallait à Bordeaux. Depuis l'homme a souffert, il a été touché dans ce qu'il a de plus sacré en lui, son sens du devoir, son honnêteté et sa fidélité. C'est un animal politique mais le doute parfois le rend tâtonnant. La montagne de décisions à prendre et les kyrielles de petits intérêts, de conflits, d'idées et de demandes l'ont amené à confier à des femmes et des hommes dévoués mais parfois inconsistants la lourde tâche de le seconder. Investis de cette mission, ils sont aussi ses représentants et ne représentent plus toujours les bordelais d'aujourd'hui. Cette impression d'avoir entre lui et nous une sorte de secte ou de club de néo-notables affairistes se désintéressant de ce qui n'est pas leur univers et les profits qu'ils peuvent tirer de leur position...
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J'ai envie en fait de crier ce que Giscard avait lancé à la figure du Mitterand de 1974, "vous n'avez pas le monopole du coeur". Non la gauche, ou la néo-gauche des Rousset, Delaunay, Savary, Teisseire n'a pas grand chose à voir avec la générosité, l'humanisme, le sens de l'autre qui sont traditionnellement les vertus cardinales du socialisme...
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Voilà des années que je dis qu'il faut aller là où on ne va pas : pourquoi Alain Juppé n'est il pas allé plus souvent à l'Utopia, comme simple client, en famille ou avec des amis, dans une des nombreuses salles, au café ou à une réunion, un débat. Il aurait souvent été mal reçu c'est le moins qu'on puisse dire mais après on aurait écouté ce qu'il avait à dire, on aurait débattu et ce public tellement enfermé dans son sectarisme de gauche bon ton aurait appris à estimer son premier magistrat. Le courant serait passé et la force potentiellement dangereuse des prétendants socialistes complètement désamorcée.
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Pourquoi quand Juppé se promène les gens vont si peu vers lui ? Pourquoi s'écarte-t-on comme si'il était un monarque que l'on craint ? On a beaucoup reparlé ces derniers temps de Chaban. Sa faconde, son humour, son style et sa voix nasillarde attirait toujours même dans des quartiers où la CGT et le PCF règnaient en maîtres absolus. C'était le résistant, le rugbyman, l' séducteur que l'on recevait et on allait à lui, avec respect et sympathie. C'est cela qu'il faut pour Juppé. Oter aux gens cette image de l'énarque "droit dans ses bottes", cassant et intransigeant. Mais je ne suis pas dans le sérail. Peut-être qu'Alain Dupouy et les autres fondateurs du comité de soutien pourront faire passer ce genre de message. Connaissant Alain Dupouy, ancien cadre d'IBM, formé à l'américaine, je ne crois pas qu'il soit partisan du sandwich-coup de rouge en bras de chemise dans un petit bar popu. Mais ce n'est pas une critique. Bordeaux est redevenue - grâce à Juppé - une ville jeune, une ville de jeunes. C'est vers eux qu'il faut aller, ces jeunes ménages branchés, au top de l'innovation technologique, qui travaillent et ont assez de moyens pour s'investir dans la vie sociale et culturelle de la cité. Ce sont les notables de demain, ils ont un style de vie, une manière de pensée différente des burgraves, rescapés du monde du négoce local, des familles parpaillottes des Chartrons que Mauriac détestait tellement (par envie n'est ce pas ?).
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Bordeaux bouge mais ce mouvement naturel, s'il a été impulsé par l'administration Juppé lui échappe aujourd'hui. Les nouveaux bordelais n'ont rine en commun avec l'équipe municipale. Dommage. Le maire a fait ce Bordeaux qui bouge et il a les moyens comme l'énergie de préparer le Bordeaux de demain. Encore faut-il que les bordelais entendent son désir de poursuivre. Encore faut-il qu'ils apprennent à l'aimer, qu'ils le voient, le croisent, discutent avec lui. Il faut qu'il éloigne cette smalah de médiocres et d'opportunistes...
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12.11.07

A quand le Bordeaux City Note Book avec Moleskine ?

En route pour 2013 !Une idée en passant : Je reviens de Venise où la société Modo & Modo (aujourd'hui propriété du Groupe Société Générale) présentait dans une conférence de presse organisée par la mairie, le city note book de Venise. Au moment où nous planchons tous sur les idées et projets qui rendront notre candidature en tant que capitale européenne de la culture évidente, ce projet ne vous parait-il pas digne d'intérêt ? Moleskine et les City Note Book, voilà une trouvaille qui dépasse l'ingéniosité du marketing. Après Paris, Londres, San Francisco, Prague, Barcelone, ce bel objet, carnet spécifique, sorte de guide inachevé que l'usager complète et améliore au fil de ses envies, propose maintenant Venise. Pourquoi ne pas solliciter la société Moleskine pour que soit édité ce carnet, objet-culte terriblement référent dans le monde ?
Un lien tout simple entre la modernité et le passé, entre la tradition et l'avenir, un de ces petits riens qui positionnent. Et tout ce qui va avec : l'organisation DETOUR qui propose au grand public de découvrir les carnets Moleskine d'artistes en devenir ou confirmés, les sites internet lus dans le monde entier et ce petit objet de tous les jours qui devient un morceau d'art et de culture. Je suggère donc une démarche oficielle vis à vis de la société éditrice pour ajouter Bordeaux à la liste des City Note Books dans les mois à venir.
En parallèle, il pourrait être demandé à une dizaine d'artistes contemporains déjà connus de s'emparer d'un carnet Moelskine et de le remplir sur un thème au choix, ou sur le (les) thèmes afférents à Bordeaux, la ville, les lieux, l'ambiance, le vin, la nature... Le résultat donnerait lieu à une exposition. Les plasticiens bordelais, artistes déjà connus ou jeunes étudiants des Beaux Arts pourraient aussi travailler sur cette idée et l'association Moleskine Project en ferait une exposition, YouTube une présentation et les sites comme Flickr.com et les blogs (voir par exemple le blog du City Note Book de Paris) qui naissent autour de ce projet montreraient l'extraordinaire dynamisme créatif de notre ville et de la région.
Ce n'est pas grand chose mais un wagon supplémentaire à atteler au convoi Destination 2013. Le projet Moleskine est un projet "made in the world" qui peut contribuer à positionner Bordeaux dans le domaine des lieux "universels" autrement que par le vin éponyme et ses monuments. La preuve de la qualité de vie qu'on y trouve et du bonheur qu'il y a à y séjourner. La culture n'a-t-elle pas après de tout de rayonnement que lorsqu'elle s'établit sur une atmosphère, une ambiance positive, "branchée" in gamba comme disent les italiens ?

4.11.07

Pendant que la soupe mijote

Ne croyez pas que je devienne un de ces vieux bougons et aigris qui ronchonnent toujours et ne trouvent qu'à redire sur tout et tout le monde. L'automne est une saison où l'on aime se réfugier au coin du feu et le confort du salon au milieu des livres prédispose à une certaine introspection. Les changements sont légion dans notre monde et il est parfois difficile de tout comprendre. Cependant je me réjouis de ce que ces changements apportent de positif. Pour ne citer que Bordeaux, c'est un plaisir de voir autant de monde dans les rues et parmi cette foule quelle joie de remarquer ces étrangers appareil photo en bandoulière qui se répandent de plus en plus dans les rues de la ville. Et tous ces lieux nouveaux, cafés, galeries, restaurants, boutiques. Bien sur cela ne doit pas nous faire oublier les SDF et ce quart-monde omniprésent dans la ville. Ces laissés pour compte qui dérangent et dont on ne sait quoi faire. Troublante image de cfes deux mondes qui se croisent et ne peuvent s'interpénétrer : les gens dans les cafés chics, les visiteurs des galeries et les clients des boutiques de luxe d'un côté, les zonards souvent très jeunes avec leurs piercings et leurs chiens, les immigrés clandestins avec leur pléthore d'enfants mal vêtus de l'autre... Que penser ? Que faire ? Se retirer du monde n'est pas la solution, j'en conviens. Accepter le monde dur et impitoyable de la mondialisation et du matérialisme capitalistico-libéral non plus.

Est-ce l'âge ou bien une étrange humeur qui me pousse à fuir ce monde ?

Je me pose souvent la question. J'ai toujours été un être passionné. Je n'ai jamais été indifférent. Trop souvent au contraire, je me suis perdu à vouloir apporter ma contribution, aussi modeste soi-elle au cheminement du monde. Rempli de doutes sur mes capacités et longtemps hésitant sur les méthodes à employer, je me suis pourtant bien des fois jeté à l'eau pour les autres. Par le biais de dizaines d'associations et de mouvements. Par ma plume. Par une réflexion que j'ai voulu honnête, sans a-priori ni idées préconçues. Chaque fois - ou presque - je me suis heurté à l'immobilisme, à la bêtise, à l'égoïsme et à la vanité des hommes.
Adolescent, un ouvrage de la bibliothèque de mon père m'avait particulièrement marqué. Il s'agissait du "Dictionnaire des girouettes", paru à la fin du règne de Charles X. Ce livre sévère mais plein d'un ironique humour, faisait l'inventaire de tous ces personnages qui entre 1789 et 1825 changèrent leur opinion et retournèrent leur veste. Ils furent nombreux et pas des moindres. Devant chaque nom un plus ou moins grand nombre de girouettes marquaient l'importance, le nombre des trahisons. Redoutable. Cette lecture m'avait confirmé dans la certitude qu'un honnête homme est avant tout un homme de conviction. Il faut choisir son camp (et savoir pourquoi on le choisit) et s'y tenir. Certes parfois il arrive de se tromper. On se réveille un matin et on sait que le chemin n'était pas le bon. Mais est-ce de convictions dont il s'agit dans ces matins de doute ? N'est-ce pas plutôt par rapport à soi, à ce moi profond et véritable que trop souvent nous étouffons sous des couches de convenances et de paresse sociale ?
J'ai donc toujours été fidèle à mes convictions. Je crois en Dieu et je suis pratiquant. Mes actions, mes idées, mes gestes se mesurent à l'aulne de cette foi, forgée dans une famille aux multiples origines et aux nombreuses appartenances philosophiques et spirituelles. Une richesse.
Je crois en la France, mon pays. Cette nation glorieuse qui s'est souvent fourvoyée mais dont la grandeur est immuable et la défense notre premier devoir.
Parce que je crois en la France, je crois en l'idée de nation.
Parce que je crois en l'idée de nation, je crois aux idées développées par le Général de Gaulle. Je crois qu'elles sont plus que jamais d'actualité.
Je crois à la Constitution de la Vème République et particulièrement à son préambule.
Vivant en ce début de XXIème siècle, je crois aux bienfaits possibles de la mondialisation mais je crois aussi que n'en émergent aujourd'hui que les effets négatifs et pervers.
Je crois en l'Europe. Mais une Europe des nations et des peuples pas un magma informe et artificiel qui singerait les États Unis d'Amérique (sont-ils si unis que cela ?).
Je crois que les français lors du référendum sur le Traité Européen ont fait le bon choix et que les manoeuvres actuelles du monde politico-économico-médiatique sont un scandale pour la démocratie. La négation de la volonté (et de l'intelligence) populaire.
Je crois que l'homme vaut mieux que l'argent qu'il cherche à gagner et aux biens matériels loin d'être indispensables et qui ne sont que pièges pour sa vanité et sa sérénité qu'on le pousse à amasser.
Alors, comme je ne puis rien changer à ce terrible mouvement qui au lieu d'élever l'homme le rabaisse chaque jour, je me tiens éloigné de la rumeur du monde. Je prépare les légumes pour ma soupe, je lis Térence, Tacite ou Sénèque en écoutant un oratorio de Caldara. Je bois du thé au coin du feu, un chat sur mes genoux. La pendule est arrêtée, je ne la remonterai pas. Ni télévision ni radio ne viennet troubler la quiétude des jours. Je songe à m'éloigner de la ville pour cultiver (au propre et pas au figuré) mon jardin. Pour lire et lire encore. On ne parle plus ici que de 2013 et enfin on mentionne la culture comme une priorité. Depuis mon retour en France en 1986, je ne parle que de culture. J'ai essayé à mon petit niveau d'apporter à Bordeaux des manifestations de qualité : une semaine de Venise en 1985 avec de nombreux artistes venus en compagnie du maire de l'époque, une semaine de la Francophonie ou avant d'autres nous avions donné la parole aux artistes africains et fait s'exprimer de vrais défenseurs de la langue française avec Philippe de Saint Robert, de nombreux concerts et pièces de théâtre classiques certes mais à la portée d'un public gourmand mais timide : Commedia dell'art, théâtre espagnol, musique de chambre, récitals en tout genre... C'était à chaque fois un combat incroyable. Pour obtenir une aide, disposer d'un lieu, faire passer l'information et remplir les salles. Usant, terriblement usant. Indécrottable, je reste président ou membre de nombreuses associations au service de Bordeaux et des bordelais : l'AJIL, Jeunes Talents en Aquitaine, les Amis du Jardin Public, Les Musiciens du Chapeau Rouge, Tempo di Cello, Passaje, et d'autres encore... Mais à quoi bon si rien ne change et que seules quelques girouettes incultes font la pluie et le beau temps parce qu'elles sont bien en cour. Je ne suis pas un courtisan. Hélas sûrement. J'ai oeuvré pour ma ville. Pour cet endroit merveilleux où grandissent mes enfants (ce fut le thème d'un entretien publié dans Sud-Ouest en 1988). La mayonnaise parfois a pu prendre et je connais pas mal de gens qui ont l'honnêteté de reconnaître ma petite contribution. Mais je reste étranger au Palais, jamais invité, jamais consulté, jamais pressenti. D'aucun diront que j'en tire une certaine aigreur. Oui, je crois que c'est de cela qu'il s'agit. Travailler sans rien attendre et voir son travail défait et méconnu c'est le propre de l'homme (relisons Kipling) mais voir des médiocres s'emparer de vos idées et par la magie d'un réseau réunissant médiocres et imbéciles les voir se réaliser. Simplement un niveau en-dessous de ce qu'on savait pouvoir faire. Orgueil ? Vanité ? Pensez en ce que vous voulez. Moi j'ai mes légumes à préparer, la soupe n'attend pas et le régal qu'elle procure vaut bien plus que cette foire aux vanités. La bouilloire siffle. Je vais remettre une bûche dans la cheminée. Voulez-vous une tasse de thé ?
Raymond Hains

Les Mots bleus, un agréable lieu de vie à Bordeaux

Connaissez-vous les Mots bleus ? C'est un lieu sympathique installé depuis trois ans rue Poquelin-Molière, à deux pas de la librairie Mollat, dans une petite rue tranquille récemment refaite. On y déjeune, on y prend le café ou le thé dans un espace très cosy, rempli de livres qu'on peut feuilleter ou acheter. C'est bon et le samedi est entièrement non fumeur. Le service attentionné, rapide et discret. Mes enfants adorent. Le chocolat leur plaît beaucoup (le tiramisu et les cookies aussi !). Quelque soit l'occasion ou le moment de la journée, les mots bleus est un lieu adapté à votre humeur du moment. Sur les murs des expositions. Dans votre tasse, les meilleurs cafés de Bordeaux et de délicieuses variétés de thé.


3.11.07

Notre belle endormie peu à peu vraiment se réveille...

Chaban qui devrait avoir bientôt sa statue, avait su souffler dans le cou de la belle endormie et elle fut séduite. Le vieux couple fonctionna admirablement et Bordeaux redevint belle et attractive. Mais l'ardeur et l'ambition de son premier magistrat laissèrent à une pseudo élite locale le soin de conduire le quotidien et Bordeaux de nouveau s'enlisa. Trop de talents, trop de facilités : la plage non loin, le meilleur vin du monde et la bonne éducation des Chartrons singés par cette petite bourgeoisie catholique qui se donna vite des airs de grande. Petits capitaines d'industrie, avoués et tabellions entourèrent Chaban qui sut s'en servir. Quand le Duc d'Aquitaine quitta son fief et que son successeur, aussi jeune et fringant premier ministre que Chaban le fut, débarqua avec son bataillon de jeunes diplômés parisiens et sa rigueur de grand administrateur, Bordeaux se méfia un peu mais ne demandait qu'à se laisser séduire de nouveau. Le travail accompli en quelques années est fabuleux. Changements vertigineux, transformations incroyables. Rien n'est plus comme avant. Bordeaux n'est plus une vieille courtisane re-liftée, c'est une jeune et jolie princesse que le monde entier découvre enfin. Métamorphose que l'entêtement, l'acharnement et l'intelligence de notre maire ont permis. Hélas, ses échecs répétés n'ont pas rendu l'homme plus sympathique aux yeux de ces nouveaux bordelais, actifs et dynamiques qui rongent leur frein et piétinent et n'en peuvent plus de voir encore tant de résistances, tant d'inertie. Car l'entourage du maire est encore trop pétri de cette mentalité d'avant, les "à quoi bon trop en faire puisque nous avons déjà tout", les mêmes qui autrefois régnant sur les maisons de vins et les petites industries des Chartrons ou de Bacalan ne comprenaient pas qu'on veuille changer quelque chose dans ce Bordeaux qui leur convenait si bien.
On me racontait l'autre jour l'anecdote de ces grands industriels danois ou norvégiens venus débattre à Bordeaux de leur possible implantation sur les bords de la Garonne. Ils ne parlaient pas français. Personne à la Chambre de Commerce ne parlait danois. L'anglais était donc le seul moyen de se comprendre. Hélas personne n'y avait pensé et il a parait il fallu courir dans tout le bâtiment pour trouver uin interprète disponible. Ces messieurs ont choisi Toulouse qui avait mieux préparé leur arrivée. C'est une anecdote qui circule à Bordeaux. Peut-être est ce pure invention. Mais c'est du même acabit que ces paquebots qui débarquent leurs passagers au milieu des gravats des quais, trop loin en aval pour bénéficier de la splendide vue, naturelle et qui fut depuis toujours celle des grands bateaux : la place de la Bourse. Pourquoi ce changement ? Une question de coût ? Pour cinq ou six cents mètres de plus ? N'est ce pas plutôt une opposition stérile et d'arrière-garde de ces vieilles élites décaties qui s'opposeraient à Juppé ? Mais je me trompe sûrement. Et cette impression de "jamais tout à fait terminé" dans tout ce qui est mis en place. L'exemple du Jardin Public et des autres grands espaces verts de la ville : on communique beaucoup sur le jardin botanique de la rive droite - intéressant au demeurant - mais on oublie celui - historique - du Jardin Public. Depuis 1999 on replante certes mais nombreuses sont les essences disparues qui ne sont toujours pas remplacées. On enlève la statue de Goya placée dans une lointaine allée mais on ne la remplace pas par autre chose (il y a à Bordeaux des centaines de statues disponibles dans les réserves). Quant à Goya il a bêtement atterri sur la place du Chapelet, en face du presbytère de Notre Dame, à côté de l'entrée de la Cour Mably (siège de la Cour Régionale des Comptes). N'aurait-il pas été mieux à sa place cours de l'Intendance, devant l'immeuble où le peintre mourut ? La magnifique exposition des sculptures de Venet qui a pu avoir lieu grâce à de généreux mécènes me dit-on n'a pas abouti sur l'acquisition d'une des ces oeuvres. Pourtant, une de ces sculptures installées au Jardin Public, devant la mairie ou près de l'opéra auraient marqué les imaginations et attiré les photos des touristes. Novart démarre et peu d'affiche signalent cette manifestation. N'aurait-il pas fallu communiquer par un affichage systématique à Paris et à l'étranger ? Et à Bordeaux ? Qui connaît le programme complet ? Qui sait où se déroulent les manifestations ? Et qui a eu l'idée de cette affiche si provinciale, si datée ? Il y a pourtant des talents à Bordeaux. Pourquoi cette timidité ? Pourquoi cette routine en dépit des changements ?
Simplement parce qu'autour d'Alain Juppé, il y a les mêmes qui du temps de Chaban déjà faisaient office de "seconds couteaux", exécutants mais aussi relais. Quand ce ne sont plus les barons, les "burgraves" comme Chaban aimaient à les nommer, ce sont leurs filles ou leurs fils qui occupent les sièges de l'entourage immédiat du maire. Quelle garde prétorienne. Combien ils sont plein d'idées et d'initiatives, combien ils portent l'innovation et le changement à Bordeaux ! Ceux qui ont vraiment en eux l"idée, la volonté, l'énergie, l'enthousiasme sont absents du brain stroming (sauf pour la préparation de 2013 où à cours d'idée, la ville appelle à l'aide de nouvelles forces vives capables de suggérer la route à suivre).
Il y a quelque chose que je ne comprend toujours pas. Je connais un peu Alain Juppé, j'ai eu à plusieurs reprises l'occasion de bavarder avec lui. C'est un homme brillant, un administrateur hors pair. Ses qualités humaines sont indéniables et sa sensibilité trop bridée n'est pas à mettre en doute. Il a perdu cet air rude et ces manières froides de grand commis. Il n'est pas que brillant, il est passionné. Le mariage avec Bordeaux a commencé par une belle noce, les cadeaux ne cessent de pleuvoir mais la mariée ne se donne pas vraiment. Il y a comme un fossé entre le château et la rue. Dommage. Et ça ne vient pas de Juppé. Plutôt de la cour et par ricochet, de la rue. Pour 2008 comme pour 2013, c'est cela qu'il faut changer.