Depuis quelques années, je suis de ces bénévoles qui participent aux élections en tenant un bureau de vote. Président du bureau A d'un des centres de vote de la 1ère circonscription, j'aime ce travail, fatigant, contraignant, parfois stressant et je n'en tire aucune gloire ni vanité. C'est pour moi au même titre que les associations auxquelles je participe, les conseils d'administration dont je suis membre, un acte de citoyenneté. En donnant ainsi du temps, j'ai l'impression d'être utile à la société et à mes concitoyens. Présider un bureau de vote, c'est accueillir au nom du maire ses administrés, les réconforter quand ils sont émus ou un peu gauches, c'est être attentif, ordonné, rigoureux, tout ce que certains autour de moi pensent que je ne suis pas. L'équipe de fonctionnaires municipaux qui m'entoure, mes assesseurs, les scrutateurs et simplement les électeurs sont presque tous devenus des amis. Chaque électeur m'est familier. je finis par savoir qui ils sont, ce qu'ils font, ce qui les agace ou les amuse. Je suis à chaque fois très ému lorsqu'une jeune fille ou un jeune homme vient dans mon bureau voter pour la première fois. J'aime les parents qui expliquent avec sérieux le fonctionnement du bureau. Mon coeur bat toujours un peu plus fort dans les dernières minutes du scrutin, quand Max, l'un des employés municipaux commence de préparer els tables pour les scrutateurs, quand ceux ci s'installent autour de la salle en attendant le moment où ils vont se mettre à travailler. Et lorsque d'une voix la plus forte et sereine possible j'annonce à tous la clôture du scrutin, lorsque je procède à l'ouverture de l'urne et que je commence à compter les enveloppes. Plus rien n'existe que ces chiffres et ces morceaux de papier qui peu à peu vont devenir la réalité de l'expression démocratique au fur et à mesure du dépouillement.
Après des anénes de présence dans ce bureau, je connais bien mes électeurs. Je n'ai jamais sollicité de mandat mais je sais queles sont leurs idées. Pour la plus garnde partie d'entre eux, je sais quel bulletin ils ont choisi de glisser dans l'enveloppe. Je sais ceux qui vont refuser d'entrer dans l'isoloir, ceux qui auront volontairement oublié leur carte d'électeur, ceux qui râlent, ceux qui doutent, ceux qui sont convaincus. Je vois les enfants grandir, les vieillards décliner d'un scrutin à l'autre.
C'est ainsi que j'ai su lors du deuxième tour des présidentielles que mon bureau voterait en grande majorité pour Ségolène Royal. la file d'attente jusque dans la cour, les cinq isoloirs toujours pleins, un public jamais vu s'était déplacé. Des jeunes, des gens souvent mal mis, un peu grincheux, maladroits, mal vêtus aussi. Ceux là venaient voter contre Sarkozy. Je les ai vu le soir devant la mairie chanter l'Internationale et criaient des slogans peu démocratiques. Quelques uns depuis ont réfléchi. Ils ont lu et entendu ce que le nouveau président a dit, ce qui est en train de se mettre en place et ils ont reconnu s'être trompé. Ils sont bluffés par la présence de Kouchner, par ce grand ministère de l'Ecologie, par le nouveau garde des Sceaux. On leur avait parlé de fascisme et de la liberté en danger. Ils sentent une volonté d'action sociale, une grande précaution, un désir d'ouverture et de dialogue. Ils se sentent rassurés, presque câlinés. Ils retrouvent confiance.
Ne faut-il pas maintenant nous aussi, à notre niveau, quartier par quartier, rue par rue, leur expliquer ce que le nouveau gouvernement va mettre en place, ce que le mot politique veut dire, être à l'écoute des gens, s'intéresser à leur quotidien, à leurs soucis, à leurs obsessions, leurs terreurs. C'est à ce prix que l'on sortira la droite et la majorité présidentielle de son ghetto social et géographique.