27.12.05

Un truc qui m'agace vraiment terriblement...

L'autre jour, dans le train qui m'amenait vers le Pays basque, j'écoutais sans le vouloir la conversation de deux bobos parisiens. Visiblement de gauche, ils parlaient du Pape. "Quel réac ce mec, il fait plus de mal aux africains que dix ans d'exploitation des anciens colonisateurs". Je n'ai pas gardé le détail des poncifs débités avec excitation par mes deux voisins... De quoi bondir. Mais, c'est une question d'habitude... Au bar, toujours dans le même train, j'essayais de siroter tranquillement un horrible thé lipton au lait vendu à prix d'or par un steward qui se prenait pour Leonardo di Caprio ; deux gamins, à peine vingt ans, rigolaient en regardant passer une religieuse toute de noir vêtue. "Dommage qu'elle soit intouchable la soeur, je lui expliqueari bien le kama sutra", "arrêtes" lui répond son copain, "les cathos c'est faux culs et compagnie. Elles font les mijorées, mais les petits garçons les curés y connaissent et ta bonne soeur, je suis sur qu'elle a déja goûté, c'est une chaude"... Propos de carabins ? D'un commun...
Une scène m'est revenue. Quelques jours plus tôt dans le tramway, Une femme voilée, grosse, encombrée de paquets, cherchait avec difficulté à pénétrer dans la voiture. Un jeune homme qu'elle avait bousculé et qui en avait laissé tomber son téléphone, émit une protestation assez violente et déplacée "quelle chieuse cette bougnoule, ils font chier avec leurs femmes voilées qui se croient tout permis". Aussitôt ce pauvre ahuri s'est vu agressé par quinze personnes "raciste, facho, elle a le droit de croire en ce qu'elle veut, elle dérange personne"... Dire du mal de l'islam et des arabes, plaisanter sur leurs pratiques religieuses, c'est tabou dorénavant. On peut rire du juif et de ses malheurs passés (souvent considérés aujçurd'hui comme exagérés), on doit se moquer du christianisme, réactionnaire et dépassé. Mais surtout, ne touchons pas à l'Islam ! Chaque jour, dans n'importe quel média, j'entends, je lis, je vois des critiques et des plaisanteries qui tournent ma religion en dérision, qui mettent mes croyances plus bas que terre. Mais les musulmans, eux on ne doit surtout pas les critiquer sinon on fait preuve de racisme...
Moi je déclare racistes les propos qui mettent en cause bêtement la religion de nos pères, cette foi qui a fait notre pays et notre continent. Comme partout, des erreurs et des exactions ont été commises en son nom par les hommes à travers les siècles, mais elle est la foi de millions d'êtres humains qui ont autant le droit de la confesser, de la vivre et de la défendre que les musulmans ou les autres. C'est cela la laïcité n'est-ce pas : laisser chacun libre de ses croyances et apprendre le respect de l'autre. Je n'ai rien contre les mosquées. Ce qui me gêne de plus en plus ce sont les églises qu'on démolit ou qu'on brûle en terre musulmane. alors qu'il se construit partout en France et en Europe des lieux de culte pour l'Islam. Combien d'églises peuvent être bâties dans les pays arabes ?...

La « Page blanche » de David Vincent librairie Mollat

Je ne sais pas si c'est vraiment autorisé, mais je voulais faire lire cette "page blanche" écrite par David Vincent, bordelais, qui collabore à la revue Le Festin que j'apprécie beaucoup et pour laquelle j'ai été chargé un temps des relations publiques. Ces lignes sont parues sur le site des Editions Le Dilettante qui en partage avec l'auteur tous les droits.
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Le simple fait que l'on continue, désespérément à m'appeler "jeune homme" dans ma librairie, année après année, et ce malgré mon regard fatigué de lecteur désabusé qui se dit revenu de tout et s'en vante un peu trop pour qu'on lui accorde du crédit, le simple fait aussi que je persiste, tristement à épousseter mon ordinateur écossais aussi inutile qu'inaccordé avec le bureau qui le soutient, m'ont conduit, il y a peu, à rechercher parmi mes amis celui qui saurait à nouveau me connecter à l'Univers au moyen d'Internet. Une rumeur augmentée d'un courrier lapidaire confirma que j'avais choisi le moment idéal pour renouer avec la toile et assumer ainsi ma problématique jeunesse : Le Dilettante, cette maison angulaire qu'accueille chaque année au salon une table ronde envieuse de sa renommée et de son prestige sans tapage, se convertirait, paraît-il, aux chants de la luette informatique et convierait, qui plus est, sur son site, quelques bénévoles de cette caste fameuse, que l'on sait si vaniteuse quand on la dit héroïque, les libraires. Me voilà donc aussitôt candidat à la redoutable épreuve du plâtre essuyé, prêt à entonner les louanges de ces quasi-inconnus qui supportent mal qu'on leur tresse lauriers et n'hésiteront pas à entrelarder ma copie de parenthèses suspensives aussi insultantes que bienvenues () Qu'ils me laissent néanmoins me griser de l'entêtante joie de la reconnaissance et de l'effusion en narrant les sublimes découvertes que je leur dois.
À la faculté, dans un cours très ardu qu'animait un professeur très côté honoré d'une publication à la NRF et d'un prix quelconque, j'entendis prononcer le nom d'Édouard Dujardin et son livre mythique Les lauriers sont coupés, assorti du commentaire définitif : l'objet est introuvable depuis Larbaud. C'était un matin, moment où je faisais profession d'étudier. Le soir vint qui me voyait étudier à devenir libraire professionnel dans un temple mélanomane qui favorisait le travail nocturne et la culture qui va avec : en consultant Electre, pythique, je vis qu'un éditeur, un seul, typique, se souvenait de Dujardin que je pourrais donc lire avec une mine gourmande de prélat confessant un ortolan.
Pour devenir libraire, précisément, on fait croire à de naïfs diplomés qu'un IUT c'est merveilleux : au bout d'un an, on en a tellement marre que le premier commerce prend des abords exaltants. Je le fis et pour me distinguer de la masse grisâtre des avaleurs de Minuit, entrepris de rédiger quelque mémoire sur un "méconnu célèbre",
Vialatte, qu'un médecin auvergnat en retraite me vantait fort. À l'Odéon, où je montais, un éditeur qui abritait son activité sous une toile rouge annonçant Fruits et Congo me conseilla la Butte-aux-Cailles et une Auberge de Jérusalem pour une visite instructive. En dilettante, je m'en abstins. Plus tard, je dérobais à un quidam sans entrain le précieux volume où l'Alexandre souriait à peine sur fond rose
Un homme en noir nous visitait au magasin de temps à autre, sorte d'Ivan Rebroff sans le ventre ni la musique ni même l'accent ni seulement la barbe qui de sa voix hypnotisait en nous les lecteurs qu'il voulait bien imaginer : un jour, royal ou moqueur, il m'offrit un
Raymond Guérin et je ne pris pas garde qu'il n'avait pas choisi au hasard de me confier Le Temps de la sottise. À cause de lui, j'eus la grâce de me lancer dans Les Poulpes, grâce à lui, je me mis en chasse de tout ce qu'avait pu écrire ce bordelais immense et délaissé dont s'effacent les initiales sur le paillasson de son appartement qu'entretient encore avec dévotion et en continuant d'ignorer l'onanisme frénétique de celui qui fut son patron qu'elle croyait sain alors qu'il était écrivain, une gouvernante abusive, légatrice universelle qui me visite encore dans ma nouvelle adresse.
Un ami proche qui connaissait Agen comme d'autres la gare de Bécon-les-Bruyères, c'est-à-dire totalement, fréquenta jusqu'au bout la longue veuve lot-et-garonnaise d'un écrivain tuberculeux dont il ne savait que dire pour m'inciter à le lire. Las, le Tout sur le Tout ayant calé, le temps passa, il me fallut attendre une braderie providentielle pour acquérir
La Rue Profonde, sur fond jaune, que je menace de relire, en m'en promettant un nouveau plaisir, à chaque rentrée quand me tombent des mains les romans sans saveur de jeunes trous de balle qui croient savoir tousser. Mais pourquoi n'y a-t-il qu'un Gadenne au Dilettante ?
À propos de Bécon, je me souviens de Peter Handke, dont la moustache est aussi joyeuse que la prose vivifiante, évoquant
Emmanuel Bove, et son incrédulité de la savoir si peu lu derrière nos frontières. Je me souviens aussi que cela fait dix ans, après avoir tout dévoré de ce russe délavé à l'eau franque, que je me promets d'acquérir La mort de Dinah : qu'est-ce donc qui fait que j'attends encore ?
Au Virgin Mega-spores ou – sports où l'on sait maintenant que j'appris les rudiments, dans l'abnégation et le mépris qui fortifient – on se piquait d'inviter de jeunes auteurs que l'on voulait branchés. Un jour, je suggérais
Vincent Ravalec, en souvenir de ces soirées passées à lire ses nouvelles dans le morne temple déserté par les masses où beuglait MTV, de purs moments de rock'n'roll, moins rock que purs. L'Auteur vint, sourit aux quinze, vingt venus le contempler, puis m'offrit la plus longue dédicace de ma carrière, incapable de prendre au sérieux sa besogne de jeune espoir masculin du roman français, effacé depuis progressivement et lourdement.
Pour achever, parce que le web réclame vitesse et précision, ce dont je m'avoue ici incapable, puis-je taire
Hyvernaud que je découvris à la faveur d'un seul regard, celui que me jeta, profondément affligé et dans un silence qui témoignait de sa tristesse et de son désarroi, ce client inconnu à la recherche des œuvres complètes du Charentais ressuscité par Ramsay et auquel j'annonçais que, mon bon monsieur, le premier tome était épuisé et le deuxième n'allait guère mieux. J'ignorais tout de La peau et les os et du Wagon à vaches, et je vis bien qu'il y avait là une faute de goût que je ne pus rattraper qu'à la faveur des rééditions du Dilettante. Depuis, comme pour expier, à chaque nouveau venu dans notre équipe j'ose un conseil, une invitation vers Hyvernaud, depuis, comme pour combler un retard, à chaque occasion, je remonte les piles de ses grands livres en y plaquant un bristol dont l'hyperbole maladroite est censée vaincre toutes les réticences de ces lecteurs trop frileux face à ses morsures de scorpion.
Qu'on n'aille cependant pas croire que je dénie au Dilettante son rôle envié de dénicheur, que je ne croie qu'aux vertus de la poussière, que je ne sois pas converti depuis longtemps au charme sans égal des couvertures de
l'Adda poétique. Si l'on ne me verra jamais faire l'article pour F. Chouraki qui met à mal mes machoires, on m'entendra encore longtemps, à moins comme certains qu'ils n'aient aucun besoin de moi, vanter les perles d'Hubert Michel, chanter les merles de Sainte-Croix-Loyseau, citer les flèches bizarres d'Ylipe, ressasser les mérites acides de Martin Page, cent fois sur le métier remettre le Bruno Roza et le plonger de force et sans parti pris dans les paniers indécis ("vous me remercierez plus tard"), j'en passe et des futurs. Je ne peux enfin, en indécrottable bordelais, achever ce laïus litanique sans évoquer la veste à carreaux de Jean Forton, auteur maudit que Gallimard poursuit de sa négligence quand Le Dilettante seul se bat contre l'oubli (placer ici en fond sonore un violon déchirant), qui n'est pas sans me rappeler celle que portait, la première fois que je le croisai, l'indéfectible qui dirige cette maison, mais lui au moins met des filtres, crois-je, à ses cigarettes.
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David Vincent,
Rayon Littérature,
Librairie Mollat, Bordeaux.

Un chef d’œuvre de stratégie indirecte

Par Le Dilettante, 3 décembre 2005
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Les émeutes qui ont secoué la France en octobre et novembre 2005 ont constitué un chef d’œuvre de stratégie indirecte. Rarement on aura obtenu des résultats politiques aussi importants avec une main d’œuvre aussi peu qualifiée. Si les énarques géraient les entreprises françaises comme les organisateurs des émeutes ont géré le désordre, la France serait la première puissance économique du monde !
Du point de vue des inspirateurs de ce mouvement, il est hors de doute que le test est concluant. L’expérience a été très instructive pour les émeutiers. Ils ont éprouvé les points faibles du camp adverse et ont pu affiner la définition de leurs objectifs. Intifada, voitures incendiées, comme une évocation des voitures piégées en Irak : France-Inter vous explique que c’est l’expression d’un malaise social. Vous y croyez, vous ?
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Pour qui connaît les mentalités et les logiques du Proche et du Moyen Orient, il n’y aucun doute : l’Intifada est une signature, la voiture incendiée, c'est-à-dire presque piégée, est une référence. La première vise le militaire, l’uniforme, l’autorité de l’Etat. La seconde harcèle l’habitant, l’homme de la rue, le voisin. Les terroristes qui agissent en Irak tuent d’autres Irakiens, d’autres musulmans. Le tort de ces victimes est d’êtres soumis aux lois de la vie – travailler, gagner de l’argent, vivre et refuser le sacrifice : cela seul suffit à les désigner comme des cibles potentielles.
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De quoi s’agit-il ?
Pourquoi cette combinaison Intifada - voiture "brûlée piégée" ?
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C’est une stratégie d’intimidation. L’Intifada sape l’autorité de l’Etat et le moral de ses troupes, la voiture "brûlée piégée" obnubile les esprits. Il suffit d’avoir observé les réactions des Parisiens, lorsque le bruit courut que peut-être "ils" allaient débarquer à Paris : l’intimidation fonctionne, la peur fonctionne.
Pourtant, croyez-moi, il y avait peu de chance que les émeutiers "débarquent" à Paris. Les émeutes des banlieues étaient remarquablement planifiées - voilà ce qui doit inquiéter le gouvernement, en ce moment… Nous avons en face de nous non pas un mouvement spontané mais un plan diabolique. Admettez-le : Dans le camp des émeutiers, il y a des cerveaux remarquables, très imaginatifs, et qui ont su retourner leurs faiblesses pour en faire des points forts.
La force de leur plan est que, comme tous les bons plans, il ne réglait pas à l’avance tous les détails. Les organisateurs se sont bornés à esquisser des lignes directrices simples, et pour le reste, ils ont laissé une grande liberté d’improvisation aux participants, jeunes et inexpérimentés.
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Quelles étaient les lignes du plan ?
Délimitation des lieux, mobilité, délimitation des actions, délimitation des techniques.
La délimitation des lieux était le facteur le plus important : chacun est resté dans son quartier - avantage du terrain, avantage crucial. Ainsi, l’émeutier connaît les voisins et leurs habitudes. Il a ses bases de replis chez des habitants sympathisants. Il sait les cachettes et les lieux d’embuscades possibles.
C’est probablement pour cette raison que les émeutiers de Sarcelles n’ont pas fondu sur Paris, malgré la portée politique qu’aurait eu cette invasion. La capitale a ses propres incendiaires, certes, mais fort peu nombreux. A ce stade, Paris est ingérable pour les planificateurs des émeutes, car la main d’œuvre nécessaire y est trop rare. Pour agir, il aurait fallu que les stratèges injectent dans Paris des mini équipes de "pros" très mobiles, afin de faire croire à une généralisation du mouvement. A ce stade, ce scénario catastrophe a été évité, peut-être parce que la préparation nécessaire n’a pas été effectuée dans les délais.
Je pense très sincèrement que les organisateurs de cette affaire n’espéraient pas la mollesse policière des premiers jours, ni le feu nourri de la gauche contre les mesures de sécurité. Ils n’avaient envisagé qu’une attaque restreinte aux banlieues des grandes villes, là où les troupes sont implantées depuis des années.
Autre hypothèse : l’opération "Paris" a été jugée politiquement contreproductive. Après tout, en se limitant aux banlieues, le mouvement a gagné en ambiguïté, il reste dissimulé derrière les apparences d’une révolte « sociale ». Si en revanche les émeutiers s’étaient attaqués aux villes, ils auraient perdu le capital sympathie dont les "déshérités" jouiront toujours auprès d’une certaine gauche.
Il y a, derrière ces émeutiers géniaux, des équipes de stratèges. Il n’est pas improbable que des états commanditaires du terrorisme y soient mêlés. La France soutient peu ou prou le Liban contre la Syrie. La France, partenaire privilégié du régime des mollahs, est contrainte de transférer le dossier nucléaire iranien au Conseil de Sécurité. Les deux états en question, Iran et Syrie, ont intérêt à intimider la France. Même en imaginant, qu’ils n’aient pas été derrière ces émeutes, on peut aisément comprendre qu’ils chercheront à encourager d’autres émeutes, car le spectacle donné par les média, la complaisance envers les émeutiers et la division de l’establishment politique leur ont prouvé l’efficacité d’une action terroriste de basse intensité – et surtout son coût exorbitant pour l’Etat français.
Autre sujet d’inquiétude : l’effort fourni par les forces de l’ordre est important. Les états qui menacent la France auront d’autant plus de facilité à perpétuer des attentats que la police sera mobilisée ailleurs. La planification des émeutes des banlieues peut aller jusque-là, un jour.
Sous cet angle, on remarquera que ces émeutes ont été une formidable démonstration de force, de coordination, d’efficacité maximale pour le minimum d’investissement, et surtout une formidable démonstration de maîtrise. Les architectes des émeutes voulaient démontrer qu’ils pouvaient occuper l’espace et le temps - l’espace des banlieues et le temps des fonctionnaires de police et du renseignement. Et il n’y a pas de "défaut" dans leurs calculs. Même si les services de police appréhendent quelques meneurs ici ou là, ils ne peuvent pas pour autant neutraliser la stratégie d’ensemble - une stratégie subtile, qui peut circonscrire exactement les limites de l’action et transformer de petits groupes de jeunes en d’insaisissables terroristes.
C’est leur aptitude à rester en deçà des limites fixées qui a fait la force des émeutiers – délimitation à un territoire, délimitation du temps d’intervention, délimitation des cibles, délimitation des techniques.
Point important : la stratégie de harcèlement fonctionne évidemment d’autant mieux que les émeutiers sont expérimentés, mais elle est facile à comprendre et à appliquer pour des novices, même très jeunes, sans antécédents judiciaires. C’est une stratégie modulaire, qui se déploie à plusieurs niveaux de manière très réactive.
La manipulation des participants joue sur des ressorts divers, et de manière diverse – il existe aussi un fond social aux émeutes des banlieues, cela va de soi. La déshérence économique des zones de relégation est une aubaine pour les organisateurs des émeutes. Ils ont su en jouer avec pragmatisme. Plus l’émeutier est inconscient, plus il est naïf, et plus total sera son engagement.
L’important, à l’issue de cette démonstration de force, c’est que le pouvoir de nuisance des organisateurs des émeutes est avéré. Leur stratégie est imparable. Tant qu’ils en respectent les fondamentaux, délimitation des lieux, mobilité, délimitation des actions et délimitation des techniques, tant qu’ils conservent la maîtrise du niveau de violence déployé, ils sont en situation de dicter leur loi au gouvernement français.
Et remarquez au passage qu’il suffira d’une très légère élévation du niveau de violence pour infliger des dommages irrémédiables à la cohésion du pays. Et remarquez encore que l’Etat, pris en otage, a cédé au chantage, ce qui pourrait le condamner à terme à payer un prix encore plus élevé, face à une menace encore plus forte.
Pour rétablir la paix dans les banlieues, le gouvernement a fait appel aux pompiers pyromanes : associations, experts issus de l’immigration, "grands frères", CFCM, imams des quartiers. Ces gens interviennent à différents niveaux pour brouiller les cartes, on peut penser qu’ils vont saper l’autorité de l’Etat et non pas la renforcer - tout simplement parce que c’est leur intérêt que l’autorité de l’Etat recule dans les zones placées de facto sous leur contrôle.
Comprenez bien ceci : les émeutiers peuvent infliger des dommages bien plus grands en ne consentant que des investissements supplémentaires marginaux, et cette situation est lourde de conséquences. Modification des actions : Intifada plus massive, voitures piégées – sans compter les nouveautés que ces messieurs ne manqueront pas nous sortir.
On peut craindre le pire. On risque de voir surgir en France les techniques des mouvements terroristes libanais ou irakiens : enlèvements, prises d’otages. Cependant, nos ennemis sont pleins de "ressources" et sans en arriver à ces extrêmes parfois contre-productifs, ils peuvent par exemple recourir à une ruse très en vogue ces jours-ci en Irak : les attentats contre les mosquées. Il suffira d’un seul de ces attentats pour embraser toutes les banlieues, et cette fois, peut-être, Paris même.
Dans ces conditions, il devient urgent de déclencher une véritable prise de conscience dans la population. Les libertés publiques doivent être préservées, mais il faut s’attendre à une mise sous surveillance très serrée des réseaux de communication parallèles (paraboles, Internet, publications communautaires). Les lieux de culte doivent être protégés, il convient de ne plus s’enfermer dans les tabous. Les citoyens ne sont pas des enfants mais des adultes : au lieu de diluer la question dans une "action sociale" fumeuse, le gouvernement devrait parler vrai, et surtout éviter le clientélisme politique.

Le dilettante

9.12.05

Dubitatif et bien triste.

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Soit je ne comprends rien à ce qui se dit, soit je suis au contraire trop sensible à l'hypocrisie de certains politiciens dont l'ambition et le goût pour le pouvoir passent visiblement avant la volonté du peuple et l'intérêt de la nation... l'UMP, annonce les médias, va permettre à ses militants de nommer celui qui sera le candidat du parti aux prochaines présidentielles. En gros, Sarkozy cherche un sacre plutôt qu'une investiture démocratique. Plus je le vois, plus je le regarde se mouvoir et plus je pense à Napoléon. Non pas celui des années de vache maigre, non pas celui qui a pu hésiter avant le 18 brumaire. Non, celui qu'on redécouvre aujourd'hui, celui qui se laissa dévorer par l'ambition personnelle, par la prétention et la fatuité lorsqu'il commença de se prendre pour un demi-dieu et l'égal des rois qu'il soumettait et dont il se déclarait "le cousin"... tandis que ses vrais cousins allaient moisir dans les geôles de la République puis de l'Empire pour avoir simplement rappeler au nouveau maître les liens qui les unissait à lui bien avant la gloire.
Comme tous les français, en cherchant à rester bienveillant pour celui qui dirige le seul parti censé représenter aujourd'hui les idéaux gaullistes auxquels je crois de toutes mes tripes, je me pose des questions. Qu'a-t-il fait ? Que fait-il sinon gesticuler, articuler des phrases tonitruantes qui explosent dans les médias comme des bombes à eau. Quel travail en profondeur ? Quelles innovations, quelles avancées sont à mettre à son actif. Les fonctionnaires que je connais, les policiers, les magistrats restent dubitatifs. et nous, les français de base aussi. Bien sûr, il a su orchestrer avec maestria ses déboires familiaux, médiatiser sa vie de famille. Il est toujours là où les caméras peuvent le filmer. Il était aux côtés du Président allemand dans la petite église de Taizé lors des émouvantes obsèques du prieur assassiné. J'ai revu les images de cette cérémonie. Je n'étais aps assis très loin. Il semblait vraiment en représentation. Politique jusque dans ces moments là... Et une image m'est revenue. Celle de Jacques Chaban-Delmas, en jaquette, à la cérémonie funèbre de Notre-Dame à la mort du Général de Gaulle. J'étais là aussi, mais j'avais 14 ans. Combien ce visage me touchat dans son receuillement et dans sa peine. Il était fin politique, ambitieux, passionné, calculateur mais honnête homme. Et Sarkozy, laquelle de ces qualités possède-t-il ? Il sait utiliser les médias et manipuler le bon peuple. C'est aujourd'hui certainement la qualité nécessaire pour prétendre à jouer l'homme d'Etat.
Mais où sont les convictions profondes dans tout cela ? Ou est l'esprit fondamental du gaullisme ? Où est l'intérêt de la nation ? Lequel d'entre ces hommes qui bientôt vont se déchirer pour le pouvoir suprême de notre pays a réellement une vision mystique de son rôle et de la contribution qu'il pourra apporter à l'histoire ? Lequel d'entre eux est digne de succéder aux grands hommes qui ont fait la France ?
Selon moi, aujourd'hui, que mes regards se posent à droite d'où je suis comme à gauche, pas un seul.
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Lu sur le blog de Dupont-Aignan, à propos de ces primaires à l'UMP :
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"Seul point positif - et au total point essentiel - de cette soirée aussi confuse que rocambolesque, l’UMP a reconnu qu’il était possible à des personnalités du parti de se présenter en candidats libres à l’élection présidentielle, sans l’étiquette ni le soutien financier du parti.
C’est précisément ce que je réclamais depuis des mois, partant du constat que la seule primaire qui vaille est le premier tour de l’élection présidentielle, dès lors bien sûr que les candidats indépendants portent des projets substantiels et défendent des idées qui ne sont pas représentées par d’autres. L’expérience du référendum où, avec peu de moyens mais des convictions affirmées, j’ai pu jouer tout mon rôle, m’encourage dans cette démarche"...

8.12.05

Rêveries... avec les photos de Michaël Kenna

Frozen Sea of Okhotsk, Study 2, Utoro, Hokkaido, Japan, 2005
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Six Protectors, Gokuraku Temple, Shikoku, Japan. 2001
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Nine Poles, Nagahana, Honshu, Japan. 2001

5.12.05


liberté (n. f.)
du latin libertas • libertés "franchises accordées à une ville"; 1266; livreteit "libre arbitre"; v. 1190; Philos., psychol.
1. Caractère indéterminé de la volonté humaine; libre arbitre. Indéterminisme. « La liberté de notre volonté se connaît sans preuve, par la seule expérience que nous en avons » (Descartes).
"cette liberté se réduit à une affirmation [...] de l'autonomie de la pensée" (Sartre). La liberté, fondement du devoir, de la responsabilité, de la morale.
2. Liberté morale : état d'une personne qui agit avec pleine conscience et après réflexion (opposé à inconscience, impulsion, folie) ou conformément à la raison (opposé à passion, instinct).

Pourquoi ce blog ?

Pour dire chaque fois que cela me démange mes humeurs et mes colères face à notre monde qui nous fait marcher sur la tête. Parce qu'arrivé au milieu du chemin de la vie, ma petite expérience et le peu de connaissances que j'ai pu acquérir à ce jour, me font voir l'univers qui m'enyoure avec un oeil différent. Souvent critique. Naturellement optimiste, je crois très fort en l'homme. Je crois qu'il peut se réveiller, secouer les habitudes et les lâchetés et donner la main à ses voisins pour que l'humanité sorte de cette ornière terrible dans laquelle nous nous enfonçons depuis plus de trente ans.
"Il était une fois un pays qui s'était trompé. Lassé des discours d'un vieillard, il avait fini par confier les clés du coffre et les sceaux de l'Etat à une belette avisée, se prétendant de lignée royale. Avec ce joli nom d'emprunt, beaucoup de fatuité et sous le regard rigolard des quelques feuilles encore libres d'esprit de la capitale, il s'acharna à la pointe de ses diamants à saper les fondements de notre belle Nation"... Et depuis, tout va mal, tout va de travers et ceux qui l'ont remplacé règnent sans partage, sans conviction non plus. Atmosphère de fin de règne. Atmosphère de fin d'un monde surtout. La voix du peuple baillonnée ou tronquée, nos dirigeants donnent la main à leurs cousins européens, à l'ombre tutélaire d'un potentat texan ancien alcoolique vissé sur son fauteuil dans un bureau ovale... Je voudrais tellement raconter l'histoire contemporaine à mes enfants d'une toute autre manière. Leur montrer des journaux qui décrivent les faits et présentent des pensées et non pas des idées-reçues. Leur faire connbaître des femmes et des hommes responsables, honnêtes, défendant haut et fort les idées, les désirs, les besoins de ceux qui les ont choisi et dont ils sont avant tout les débiteurs. Un univers sans privilèges, sans mensonges, sans mépris. Sans cette violence qu'est pour moi aujourd'hui le mépris des nouveaux nantis, ces élites parisiennes de la politique, des finances, de l'information et de la communication, pour le peuple surtout quand il s'avise de ne pas penser droit comme leurs chefs le souhaiteraient !
Hélas, à interroger des amis dans le monde entier, cette gangrène s'est attaquée à l'univers entier. Tout concourt ainsi au conditionnement des peuples, gavé d'images, de concepts pré-digérés, de graisses et de sucres. Au-dessus, une minorité se gave aussi, remplissant ses poches et ses comptes en banque mais aussi enflant comme le crapaud de la fable, fier de la supériorité de celui qui sait. Mon dieu, combien leur chute leur sera dure. J'espère que les peuples, quand ils se réveilleront, lorsqu'ils auront enfin pris conscience de l'abjecte trahison des clercs qui gouvernent en leur nom, se montreront impitoyables.

Arrogances, escroqueries & canulars...

Je viens de visionner les épisodes des "Rois maudits" de Maurice Druon, dans la nouvelle version de Josée Dayan. Il y aurait selon moi beucoup à redire sur le parti pris de la réalisatrise à théatraliser l'oeuvre avec des décors fantastiques reproduisant un Moyen-âge sombre et onirique où certains personnages ont du mal à faire croire à la réalité de leur existence. Mais là n'est pas mon propos. Combien cette histoire me fait penser à notre monde... Sombre époque en vérité que celle des derniers capétiens. Mais elle est si peu éloignée de la nôtre... Des gouvernants avides, arrogants, intéressés à garder ou à conquérir le pouvoir, des intrigues de couloir, des révolutions de palais, des êtres faux, vils. Le peuple méprisé, oublié. Et l'argent qui domine tout et empoisonne tout. Décidément, l'homme n'a jamais rien appris. Il n'a jamais tiré aucune leçon de l'histoire et tout toujours recommence... Que nous apprêtons-nous à revivre ? la guerre de cent ans, la conquête de l'Amérique espagnole, la révolution française ou celle de Russie ? Dieu seul sait où la bêtise humaine va mener maintenant l'humanité....