C'est la revue en ligne
Bakchich qui l'a baptisé ainsi,
Bernard Koucher est en fait le
Ministre des Factures Étrangères. Bien qu'il se défende de tout mélange des genres entre son ancien boulot de consultant, sa casquette de ministre et son toujours actuel statut de gérant de société, et bien que son très subtil avocat, le célèbre
Georges Kiejman, explique qu’il n’existe aucune preuve
"du fait que Kouchner, étant devenu ministre, aurait réalisé n’importe quel rapport pour le compte de n’importe quel État étranger ", il apparait - preuves formelles à l'appui - Kouchner
devenu ministre, a fait conclure au Quai d’Orsay un très gros contrat de santé publique au kurdistan irakien, au profit de ses proches amis. Et quel contrat ! Vingt-cinq jours de présence pour 275.466 euros. Dont des
per diem de 1.150 euros par jour et par expert,
(soit 2 fois plus que les tarifs conseillés par la Banque Mondiale qui les a fixé à 820 dollars, soit 630 euros)...
Il s'agissait d'organiser une vague conférence en avril 2009, avec aux commandes un ancien de ses conseillers à la Santé et ex patron de Médecins du Monde,
Patrick Aeberhard. Pour souligner mes propos, lorsque je parle de
"clique" (en attendant les claques), un détail amusant : ce médecin a été nommé professeur à Paris-VIII par son ancien président et grand ami de Kouchner,
Pierre Lunel, lequel a intégré le cabinet du ministre, malgré l’instruction dont il fait l’objet au tribunal de Bobigny. Les soupçons de la justice portent sur le mélange des genres dont ce proche du ministre se serait rendu coupable à la tète de Paris-VIII en organisant de bien étranges mais juteuses missions médicales et culturelles... Ce ne sont pas des ragots mais des faits avérés.
A Erbil, capitale du Kurdistan irakien, se nouent apparemment de juteuses affaires. Îlot de tranquillité dans une zone en feu, cette jolie province est le passage obligé d’une bonne part du commerce entre l’Irak et son grand voisin turc. Voici une situation privilégiée et fort rentable, qu’il serait stupide de ne pas exploiter. Les Américains et les Russes connaissent le filon depuis des années.
L’ancien French Doctor y a posé sa mallette humanitaire en septembre 1974, pour dénoncer le le massacre des Kurdes par Saddam Hussein. C’était il y a bien longtemps… En tout cas longtemps avant que le ministre souligne avec emphase qu'on "ne fait une politique étrangère avec les droits de l'homme"... Mais à quoi pensez-vous donc, supides citoyens ! (c'est ce qu'il avait l'air de penser quand il prononça ces paroles).
Le 2 juin dernier, le ministre est revenu au Kurdistan pour inaugurer l’antenne locale de l’ambassade de France. Le Quai d’Orsay ferme des postes partout à travers le monde mais Kouchner en ouvre en terre kurde et nomme comme consul un ami à lui, Frédéric Tissot, survivant de Médecin du Monde. Et cette nomination vaut de l’or : l'heureux récipiendaire est nommé au tour extérieur, avec rang de ministre plénipotentiaire, un statut équivalent à l’ambassadeur de France à Bagdad, le risque en moins. Soit plus de 20.000 euros de traitement mensuel. Normal entre copains, la république est là pour payer.
Incorrigible, le ministre n’a pu s’empêcher durant son escale kurde, de proposer au gouvernement local une mission d’expertise en Santé publique. Après le Congo, le Niger, le Gabon... "C’était hallucinant", se rappelle un diplomate occidental qui a assisté à la visite, "le projet d’une mission sur la santé est le premier sujet, dont il a parlé avec Barzani (le Premier ministre kurde-NDR) et Yones" (le ministre de la Santé irakien).
Dès son retour à Paris, le ministre et son cabinet multiplient les notes pour que le projet se fasse vite. Le contrat transite par France Coopération Internationale (FCI) et cela le plus normalement du monde. Ce qui l’est moins, c’est que le coût de la mission, presque 300.000 euros, est hors norme. Quant à la facture elle même, que les journalistes de Bakchich ont consulté, elle tient en une modeste page aux intitulés vagues.
Autre surprise, l’opération est entièrement à la charge des Kurdes. De l’inédit, dans les contrats passés en matière coopération avec des pays étrangers. "Franchement, c’est une première", note un coopérant.
L’objectif de la mission est "la préparation d’un document de travail pour un plan national de Santé et d’organiser une conférence nationale sur ce sujet stratégique". Enfin, la conférence - selon un document de travail interne au Quai - pourrait être présidée par le ministre lui-même. Du moins s’il est encore ministre !
Vaste programme, qui ne va pas sans préparatifs. Selon les sources irakiennes, les experts vont se mettre au travail. Trois d’entre eux passent deux semaines à Erbil, puis une escouade de quatre spécialistes bat la campagne kurde pendant dix jours.
Heureusement, l’affaire reste entre de bonnes mains. L’ancien président de Médecins du Monde et ex- conseiller de Kouchner au secrétariat d’État à la Santé, Patrick Aeberhard, pilotera l’opération et doit même passer cinq jours sur place ! Mais son défraiement, au grand étonnement des officiels kurdes, n’a pas été budgétisé. Sans doute un oubli. Les consignes du ministre, relayées par son conseiller pour le Moyen Orient Christophe Bigot, avaient pourtant été limpides. L’ordre écrit avait été donné d’apporter toute l’aide matérielle nécessaire au Professeur Aeberhard, notamment pour ce qui concerne les frais de mission.
Du 22 au 25 février prochain, une mission économico-politique, forte d’une dizaines de parlementaires et de représentants de grandes entreprises françaises, dont Veolia, devait se rendre à Erbil, à l’invitation des autorités kurdes. Hélas, le député UMP Thierry Mariani, organisateur du voyage, a reçu mercredi 4 février, une lettre d’annulation. Avec un mot d’excuses, prétextant les élections à venir.
Dès que la rumeur d’une mission parlementaire, début janvier, a été évoquée dans les milieux dits "autorisés", le consul Tissot est entré en résistance. "Il semble qu’il ne voyait pas ce projet d’un bon œil, comme si on voulait lui voler son gâteau", explique un proche de Mariani. "Sitôt qu’un émissaire se pointait pour rencontrer les officiels", raconte un diplomate, "il lui collait aux basques et squattait presque tous ses déjeuners".
Quand, fin janvier, la mission Mariani adresse directement un courrier aux services du Premier ministre kurde pour dévoiler son programme, le consul explique à ses interlocuteurs kurdes que "C’est un faux". Les Kurdes s’étonnent, sondent leurs émissaires à Paris. Un nouveau courrier est envoyé, via le Quai cette fois. Trop tard. Les Kurdes ont préféré annuler la mission.
Les humanitaires ont remporté la première manche. Pour combien de temps encore ? Je viens d'apprendre que le président est à Bagdad. Il y a un rapport ? Vous en pensez-quoi vous ?
Cité par Jacques-François X., d'après Nicolas Beau et Xavier Monnier, in-la revue "Bakchich" dont je vous recommande vivement la lecture.